• Séraphina Husset

Tierno Bokar, une Lumière éternelle

#Soufisme, #Islam, #CheikhHamallah, #Pole, #Bandiagara, #Mali

« Tierno n’entendit parler dans son environnement familial que d’Amour et de Charité. Dès qu’il fut en âge, il reçut une Instruction spirituelle de qualité. Âgé de quinze ans, il connaissait par cœur la quasi-totalité du Coran, les lois islamiques et la vie de nombreux saints.»


En 2002, je fus attirée par un livre Vie et enseignement de Tierno Bokar - Le Sage de Bandiagara de Amadou Hampaté Bâ. Je fus impressionnée en découvrant l’Enseignement si actuel de ce grand Mystique Soufi Malien que certains ont comparé à Saint François d’Assise, tant son Humilité était grande et tout autant l’Amour qu’il avait pour Dieu. Il fut une pure et haute Figure non seulement de l'Islam en Afrique noire, mais de la Spiritualité universelle.


Bien nourrir son esprit

Plus que jamais, il est urgent de nous imprégner de l’Enseignement du Sage de Bandiagara : Enseignement qui prenait sa Source en Allah, le Puissant, le Miséricordieux et dans les préceptes de Mahomet, Son Prophète.


La montée de l’islamisme est préoccupante, inquiétante : elle est un aspect dévoyé de l’Islam qui, en arabe, signifie Soumission à Dieu. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, les Islamistes intégristes, les djihadistes agissent à visage découvert. En France, pour le moment encore, ils tissent leur toile tout en s’organisant patiemment, discrètement, mais le feu couve, dangereusement, sous la braise…


Le grand humaniste Théodore Monod fut l’un des premiers à révéler la vie et l’Enseignement de Tierno Bokar. Amadou Hampaté Bâ, qui dès sa plus tendre enfance avait côtoyé le Sage de Bandiagara dont il avait été un élève puis un disciple fervent n’eut de cesse de Le faire connaître. Il rédigea un manuscrit qu’il soumit à Théodore Monod en 1948. Ce dernier eut la joie et le grand privilège de connaître personnellement le saint homme. En 1943, trois ans après son décès, Théodore Monod dira :

« C’est une grande joie pour le chercheur sincère et sans doute un des rares motifs qui lui reste de ne pas désespérer entièrement de l’être humain, que de retrouver sans cesse, dans tous les temps, dans tous les pays, chez toutes les races, dans toutes les religions la preuve de cette affirmation de l’Ecriture : ”L’Esprit souffle où Il veut”. »

A propos du Soufisme

Avant de découvrir la vie de Tierno Bokar, grand Soufi Malien, je trouve intéressant de connaître ce qu’est le Soufisme à travers un extrait de la définition d’un autre grand Soufi Iranien, le Dr Nurbakhsh décédé, il y a quelques années en Angleterre.


« LE SOUFISME EST L'ECOLE DE L'ILLUMINATION INTÉRIEURE.


Le but du Soufisme est la Connaissance de la Vérité par une prise de conscience réelle du cœur et de l'esprit à travers l'illumination intérieure ; et non par l'intermédiaire de théories et de raisonnements philosophiques ou rationnels.


La méthode du Soufisme est l'Intention et la Détermination d'aller vers la Vérité par les moyens de l'Amour et de la Dévotion. Cette pratique a pour nom la tariqah, la Voie spirituelle ou le Chemin vers Dieu. Le Soufi est l'amoureux de la Vérité. C'est celui qui, par les moyens de l'Amour et de la Dévotion, va vers la Perfection. »

Contexte religieux et politique

Durant la seconde moitié du XIXème siècle et la première moitié du XXème siècle, l’ancien Soudan français – devenu le Mali en 1960 – connut des périodes de grande instabilité dues à des guerres internes tribales. Certaines ethnies cohabitaient tant bien que mal tout en s’adonnant à leurs rites et croyances. Survint alors un événement qui allait amener des changements profonds tant religieux que sociétal : L’Islam s’implantait dans certaines régions du Soudan. Ainsi, durant les dix-huit premières années de sa vie, Tierno Bokar entendit parler de victoires pour les uns, de défaites pour les autres, il fut confronté à de nombreux drames humains et sa famille ne fut pas épargnée…

De surcroît, en 1891, le Soudan devenait colonie française, ce qui ajoutait encore plus de désordre, d’insécurité et suscitait des sentiments mitigés des Soudanais selon la relation qu’ils entretenaient avec l’occupant qui avaient les pleins pouvoirs et ne s’en privaient pas !


Une famille idéale

C’est à deux cent cinquante kilomètres de Bamako, à Ségou, petite ville située sur le bord du fleuve Niger que le petit Tierno vit le jour en 1875, dans un milieu spirituel des plus favorables pour son âme. Son grand-père maternel Hel Hadj Tierno Sedou Hann se tenait à l’écart de la vie politico-guerrière de son époque. Ses connaissances ésotériques de Maître Soufi étaient remarquables. Homme très pieux, il possédait des dons de voyant et ses prédictions interpellèrent à plusieurs reprises, El Hadj Omar, Grand Maître Soufi de l’Ordre Tidjani qui avait conquis le royaume Bambara situé dans l’ouest du Mali actuel. En raison de ses nombreuses qualités, le futur grand-père du petit Tierno était devenu l’homme de confiance d’El Hadj Omar. Quand ce dernier partit conquérir une autre partie du Mali - l’empire du Macina -, Hel Hadj Tierno Sedou Hann resta à Ségou, ouvrit une école dans laquelle Il dispensa un pieux Enseignement. En parallèle, Il fonda une famille : parmi ses enfants, il eut deux filles, Fatima et Aïssata qui, elles aussi, avaient un profond attrait pour la vie mystique. Aïssata deviendra la mère de Tierno. Salif, son futur père, était le fils d’un des frères ainés d’El Hadj Omar. Lui aussi était très pieux, formé à l’école de Tierno Sédou Hann, il y côtoya Aïssata, qui deviendra son épouse.


Son enfance - son adolescence

Tierno n’entendit parler dans son environnement familial que d’Amour et de Charité. Dès qu’il fut en âge, il reçut une Instruction spirituelle de qualité. Âgé de quinze ans, il connaissait par cœur la quasi-totalité du Coran, les lois islamiques et la vie de nombreux saints.

Il se familiarisa avec les noms des Soufis prestigieux dont El Gazali et Mouhieddine ibn El Arabi.


L’ENSEIGNEMENT QU’IL DISPENSERA TOUT AU LONG DE SA VIE

SERA IMPRÉGNÉ DES RESSENTIS ET DES SOUVENIRS DE SON ADOLESCENCE…


Il vivait au sein d’une cellule d’Amour et de Charité. Il trouvait joie et équilibre au fond de Lui-même grâce à de nombreux cœur à cœur avec Dieu


A quatorze ans, sa mère ou sa grand-mère lui donna cette définition de la religion : «Un disque de vannerie portant sur l’une de ses faces le mot Amour et sur l’autre le mot Charité.

Sa mère Lui livra un enseignement qu’Il n’oublia jamais : « Ecris le Nom Divin Allah sur un mur, en face de ta couche, afin qu’Il soit à ton réveil, la première image qui s’offre à tes yeux. Au lever, prononce-Le avec ferveur, du fond de ton âme, afin qu’Il soit le premier mot sortant de tes lèvres et frappant tes oreilles. Au coucher, fixe tes yeux sur Lui afin qu’Il soit la dernière image contemplée avant de t’évanouir dans la mort momentanée du sommeil. Si tu persistes, à la longue, la Lumière contenue dans le secret de ses quatre lettres – Alif, Lam, Lam, Ha – se répandra sur toi et une étincelle de l’Essence Divine enflammera ton âme et l’irradiera. »


En 1890, son grand-père mourut. Un mois plus tard, l’armée française entrait dans Ségou. Le père de Tierno par fidélité à El Hadj Omar le rejoignit. Pacifiste entre tous, mais par devoir, Il laissait sa femme, ses enfants, sa zaouïa - son école -, ses élèves. En regardant Tierno pour la dernière fois, il lui dit : « Toi, mon fils, je te confie à Dieu. » Tierno avait quinze ans, Il devenait le chef de famille. A dix-sept ans, avec tous les siens, il quittait Ségou pour s’installer à Bandiagara, au pays Dogon, au Mali.


Son destin se précise

Tierno était le neveu du roi de Bandiagara. Il aurait pu faire carrière dans l’armée, mais sa mère lui conseilla d’apprendre Le métier de tailleur brodeur disant : « Plutôt que d’ôter la vie aux hommes, apprends à couvrir leur nudité corporelle avant d’être appelé à l’honneur de pouvoir couvrir leur nudité morale ou spirituelle en leur prêchant l’Amour.» Ainsi, il apprit le métier de tailleur-brodeur avec Bokar Pâté qui devint un ami très proche. Il se fit un autre ami en la personne de Tidjani Amadou Ali Thiam. Le père de ce dernier fut impressionné par les qualités de Tierno qui avait maintenant dix-huit ans. Désirant l’aider, il le présenta à Amadou Tafsirou Bâ, grand Mystique Soufi de l’Ordre Tidjani.


Dès le premier jour, ce Maître Soufi fut impressionné par la profondeur spirituelle de son nouvel élève et par son goût pour l’introspection. Après un cycle intensif de huit années auprès du Maître, aucune des sciences islamiques n’était plus étrangère à Tierno Bokar.

Il connaissait l’ensemble et le détail de la Parole révélée de Dieu. Il avait médité le Coran. Le savoir ésotérique d’Amadou Tafsirou, complétant celui de ses premiers Maîtres, avait éclairé les zones d’ombre que recélait le Texte Sacré. Tierno avait repensé et fait siens les commentaires classiques, et particulièrement, ceux des grands Penseurs Soufi.

Il n’oubliera jamais la mise en garde que son Maître lui avait faite : se garder contre l’utilisation de textes mal compris reprenant en cela l’engagement à la grande Djihad enseigné par l’exemple familial : l’effort vers Dieu passe d’abord par une lutte contre soi-même.

Lorsqu’il eut épuisé les connaissances de son Maître et que celui-ci lui eut dit : « Je n’ai plus rien à t’apprendre », Tierno avait vingt-six ans, l’âge où selon la Tradition musulmane, l’homme doit se marier. Le père de son ami Tidjani Amadou Ali Thiam qui avait une profonde affection pour Tierno lui donna en mariage sa fille unique qui se tiendra à ses côtés toute sa vie.

Lorsqu’Amadou Tafsirou Bâ mourut, Tierno Bokar devint, tout naturellement, son Successeur spirituel. Il avait trente-trois ans : sa Mission terrestre débutait. Il créa son école coranique, sa zaouïa. Ses premiers élèves furent au nombre de cinq. Il en eut jusqu’à deux cents.

Tel un bon Père, Il s’occupait de chacun et de tous, délivrant gratuitement son Enseignement tout en pourvoyant à leur nourriture. Certains de ses grands élèves devinrent ses disciples.

Tierno Bokar était désireux de se faire comprendre par tous, Il s’exprimait donc en fonction de l’entendement des personnes à qui il s’adressait. Pour cela, Il utilisait des contes, des paraboles pour délivrer son message qui fut, par-dessus tout, un Message d’Amour, de Paix, de Tolérance.


Sa rencontre avec le Cheikh Hamallah

Tierno Bokar s’attristait de voir s’amenuiser d’année en année, la part de l’Esprit dans la pratique des rites confraternels de l’Ordre Tidjani introduit au Soudan par El Hadj Omar en 1860. Bien des adeptes semblaient s’attacher davantage à l’argent qu’à la Connaissance spirituelle ou au Perfectionnement moral. Partout, la ferveur s’était relâchée, elle s’était comme refroidie. La pratique était tombée dans un certain formalisme. L’esprit du clan se confondait avec l’esprit confraternel et l’emportait souvent sur lui. Il manquait à la communauté tidjanienne dans son ensemble un souffle d’authentique vie spirituelle.

Les Chioukh - pluriel de Cheikh -, grâce à leurs Connaissances ésotériques, savaient qu’un Qûtb, un Pole - le Maître des Maîtres - devait se manifester afin de restaurer la Voie mystique de la Tidjani. Ce Maître exceptionnel allait se faire connaître sous le nom de Cheikh Chérif Hamallah. En 1937, trois ans avant sa mort, Tierno Bokar eut l’immense Bonheur de Le rencontrer.

Celui-ci, plus jeune que Tierno Bokar lui demanda « Tierno Bokar, de nous deux, lequel est le plus âgé ? » Tierno répondit : « Je suis né avant toi, mais tu es plus âgé que moi.» Ce qui signifiait « J’ai débuté avant toi, mais tu es parvenu plus loin que moi. »

En clair, c’était une façon de Lui rendre hommage et de reconnaître sa supériorité spirituelle. Durant une quinzaine de jours, ils échangèrent de nombreux points de vue : Tierno Bokar, Lui grand Maître Soufi, fut impressionné par la haute Spiritualité du Cheikh Hamallah. En son for intérieur, Il était décidé à tout faire pour le soutenir, quoiqu’il put lui arriver... A ses yeux, il ne faisait aucun doute :


LE CHEIKH HAMALLAH ETAIT BIEN UN ENVOYE D’ALLAH

QUI AVAIT UNE DIVINE MISSION A ACCOMPLIR.


Choix spirituel - épreuves humaines

En 1906, le Cheikh Hamallah débutait sa Mission terrestre. Très rapidement de nombreux musulmans le rejoignirent. Ses ennemis appelèrent ce nouveau mouvement religieux le Hamallisme. Les Hamallistes furent durement combattus pour des raisons spirituelles et matérielles par les partisans de la première branche de la Tidjani celle qui relevait d’El Hadj Omar. De nombreux marabouts Omariens désireux de discréditer le Cheikh Hamallah, manipulèrent les autorités françaises pour arriver à leurs fins. L’Administration française ignorante du débat de fond qui se jouait dans ce renouveau de l’Islam, et se méprenant totalement sur la personnalité du Cheikh Hamallah le persécuta sans relâche : s’en suivirent de nombreuses années d’exil dans différents pays pour cet homme de Dieu...


Tierno Bokar qui relevait de la branche Omarienne prit publiquement partie pour le Cheikh Hamallah. A dater de ce jour, il fut considéré par les siens comme un paria ! Il connut une fin de vie infiniment triste. Les trahisons se multipliaient autour de lui. Son propre neveu, l’homme qu’Il avait le plus choyé L’avait trahi. Les plus intimes ne venaient plus que par les nuits sans lune, puis ne vinrent plus du tout. La calomnie et la haine avait fait le vide autour de la concession.

Aux yeux des croyants ignorants ou trop attachés à la lettre mal comprise de la confrérie omarienne, il passait pour un hérétique, un orgueilleux. Aux yeux de l’indifférent, Il était Celui que l’on devait éviter parce qu’Il était en disgrâce auprès de la Chefferie locale et de l’Administration coloniale. Aux yeux des Tall - sa famille -, Il avait trahi, faute qu’on ne pardonne pas. Lui rendre visite devenait un acte de courage et de témérité…

Il disait : « Ils sont plus dignes de pitié et de prières que de condamnation et de reproche, parce qu’ils sont ignorants. Ils ne savent pas, et malheureusement, ils ne savent pas qu’ils ne savent pas. »

Il absolvait la haine et pardonnait les trahisons. Ceux qui l’écoutaient avaient l’impression, que pour lui, L’homme n’existait que pour être pardonné et Dieu pour qu’on Lui rende Grâce…

Et son Pardon aux hommes était sincère et sincères aussi les remerciements qu’Il adressait à Dieu pour toutes les nouvelles épreuves qui s’abattaient sur Lui.


Quelques années avant sa mort, Il avait prononcé ce vœu : « Je demande à Dieu qu’au moment de ma mort, j’aie plus d’ennemis, à qui je n’aurais rien fait, que d’amis. » Il considérait que sa vie, jusqu’alors, ne Lui avait pas apporté une épreuve capable de Lui révéler le degré de sa propre résistance, de sa capacité suprême d’abandon à la Volonté de Dieu - tawwakul.

Aux souffrances morales s’ajoutèrent bientôt des souffrances physiques. Son corps se couvrit de furoncles. Pendant des jours, il fut brûlant de fièvre : la septicémie se développait. Il dit à Dieu : « Mon Dieu prends-moi en pleine vie. Arrache-moi à cette existence et recueille-moi dans la mort. Je sais que tu me rendras la vie dès que tu me l’auras prise.»

Le 19 février 1940, lui qui avait passé près de quarante ans à Bandiagara quittait cette terre qu’il avait tant aimée pour rejoindre sa Divine Patrie, celle que son cœur chérissait tant.

Une de ses deux épouses s’écria : « Aujourd’hui, c’est son corps qui est parti, mais c’est notre âme qu’il a emportée. Son départ nous a plongées dans l’obscurité. Il n’y a plus de lampe dans la maison. La lumière matérielle n’éclaire que les demeures : mais Lui, Il était la Lumière de nos âmes. »

Tierno Bokar avant d’être rappelé à Dieu dit à sa seconde épouse : « Sache bien que si mon corps vous quitte, mon âme reste près de vous. Quand vous aurez un doute, étendez les mains et si, de l’endroit où je serai, les âmes peuvent répondre vous m’entendrez. »


Son Enseignement


Le Verbe

« La parole est un fruit dont l’écorce s’appelle bavardage, la chair éloquence et le noyau bon sens. Dès l’instant où un être est doué du Verbe, quel que soit son degré d’évolution, il compte dans la classe des grands privilégiés, car :


LE VERBE EST LE DON LE PLUS MERVEILLEUX QUE DIEU AIT FAIT A SA CRÉATURE.


Le Verbe est un Attribut Divin, aussi éternel que Dieu Lui-même. C’est par la Puissance du Verbe que tout a été créé. En donnant à l’homme le Verbe, Dieu lui a légué une part de Sa Puissance Créatrice.

C’est par la Puissance du Verbe que l’homme, lui aussi, crée. Il crée non seulement pour assurer les relations indispensables à son existence matérielle, mais aussi pour assurer le viatique qui ouvre pour lui les portes de la Béatitude. Une chose devient ce que le Verbe lui dit d’être. Dieu dit : « Sois » ! et la créature répond : « Je Suis. » (pp. 125-126).


L’univers est vibration

« Dans l’univers, et à tous les niveaux, tout est vibration. Seules les différences de vitesse de ces vibrations nous empêche de percevoir les réalités que nous appelons invisibles. » Amadou Hampaté Bâ précisa : « Il nous donnait l’exemple de l’hélice d’un avion, qui à partir d’une certaine vitesse de rotation, devient invisible. » (p. 129).


Les trois degrés de la Foi

« Pour moi, la Foi, c’est la somme de la Confiance que nous avons en Dieu et le degré de notre conviction. C’est aussi la Fidélité à notre Créateur. La Foi se réchauffe ou se refroidit. Elle varie suivant les gens et suivant les milieux.

Je schématiserai volontiers la Foi : la Foi sulbu, la première que j’appellerai la Foi solide ; la Foi sa’ilu, la seconde, que j’appellerai la Foi liquide ; enfin la Foi ghaziyu, la plus subtile qui est comme une vapeur gazeuse.

Le premier degré de la Foi convient au commun, à la masse aux marabouts attachés à la Lettre. Cette foi est soutenue et canalisée par les prescriptions imposées par une Loi elle-même tirés des textes révélés, qu’ils soient judaïques, chrétiens ou musulmans. A ce stade, la Foi a une forme précise. Elle est intransigeante, dure comme la pierre d’où je tire son nom.

La Foi au degré sulbu est lourde et immobile comme une montagne. S’il le faut, elle prescrit la guerre et les armes, pour assurer sa place et se faire respecter.

La Foi sa’ilu - liquide - est la Foi des hommes qui ont travaillé et affronté avec succès les épreuves du sulbu, de la Loi rigide qui n’admet pas de compromis. Ces hommes ont triomphé de leurs défauts et se sont engagés dans la Voie qui mène à la Vérité. Les éléments de cette Foi sa’ilu découlent de la Connaissance. Ils se rapportent des vérités d’où qu’elles viennent, sans que l’on ait à considérer leur origine et leur ancienneté. Ces Vérités recueillies, assemblées […] grossissent de rivière en fleuves pour, enfin aller se jeter dans l’Océan de la Vérité Divine. Cette Foi tout comme son symbole liquide mine les défauts de l’âme, ronge les rochers de l’intolérance et se répand partout. Elle pénètre les humains selon les accidents de leur terrain moral.

La Foi sa’ilu discipline l’adepte. Elle en fait un homme de Dieu capable d’entendre la voix de tous ceux qui parlent du Créateur.

La Foi ghaziyu est le troisième et le dernier terme. C’est l’apanage d’une élite dans l’élite. Ses éléments constituants sont si purs que, dégagés de tout poids matériel qui les retiendrait à la terre, ils s’élèvent comme de la fumée dans le ciel des âmes pures et tendent à les remplir.

Ceux qui parviennent à cette Foi adorent Dieu en Vérité et dans la Lumière sans couleur. La Vérité Divine fleurit dans les champs de l’Amour et de la Vérité. » (pp.137-139).

Dieu et Sa Création admirable

Un de ses élèves dit un jour à Tierno Bokar tandis qu’ils regardaient un champ de mil : « Tierno, tu ne trouves pas que les Français, qui plantent et entretiennent des fleurs qui ne portent pas de fruits, agissent comme de grands enfants et perdent leur temps en des jeux inutiles et coûteux ? »

Avec humilité, Tierno Bokar que certains ont comparé à St François d’Assise et par l’admirable Enseignement qu’Il délivrait et par le dénuement matériel dans lequel Il a toujours vécu, répondit :

« Frère en Dieu, répondit-il, je ne partage pas du tout ton avis. Celui qui cultive des fleurs adore Dieu, car ces délicates parties du végétal, parées de couleurs éclatantes, ne s’ouvrent que pour saluer Dieu dont elles sont des outils pour l’œuvre de reproduction.

La symbolique des fleurs n’est pas de notre race, mais ne blasphémons pas à propos d’elle. Si, au moment où les plantes fleurissent, il t’arrive de faire une promenade en brousse, examine les abeilles. Tu sauras que chaque fleur est un sentier mystique. Avant de fabriquer le miel dont Dieu lui-même a dit qu’il était un remède, l’abeille se pose sur chaque fleur qui a sa tête au soleil pour lui demander sa contribution. Et comme Dieu l’a dit à la fin du 76ème verset de la sourate XVI : « il y a en cela un signe pour ceux qui réfléchissent. » (p.43).


L’arc-en-ciel

« L’arc-en-ciel doit sa beauté aux tons variés de ses couleurs. De même, nous considérons les voix des divers croyants qui s’élève de tous les points de la Terre comme une Symphonie de Louanges à l’adresse de Dieu qui ne peut être qu’Unique.

Nous déplorons amèrement la méprise de certains religieux sur la forme des choses divines, méprise qui les amène souvent à rejeter comme discordant l’hymne de leur voisin. Pour lutter contre cette tendance, frère en Dieu, quelle que soit la religion ou la congrégation à laquelle tu es affilié, médite longuement sur ce verset : ”La création des cieux et de la terre, la diversité de vos langues et de vos couleurs sont autant de merveilles pour ceux qui réfléchissent. » - Coran XXX, 22. (pp 145-146).


L’Amour et la Charité

Notre planète n’est ni la plus grande ni la plus petite de toutes celles que notre Seigneur a créées. Ceux qui l’habitent ne peuvent donc s’affranchir de cette loi : nous ne devons nous croire ni supérieurs ni inférieurs aux autres de l’univers, quels qu’ils soient.

Les meilleures des créatures parmi nous seront celles qui vivront dans l’Amour et la Charité et dans le Respect de leur prochain. Droites et lumineuses, elles seront comme un soleil qui se lève et qui monte droit vers le ciel. » (pp. 151-152).

Religion unique

« Ce qui varie dans les diverses formes de la Religion – car il ne peut y avoir qu’une Religion – ce sont les apports individuels des êtres humains interprétant la lettre dans le louable dessein de la mettre à la portée des hommes de leur temps.

Quant au Principe même de la Religion, c’est une Etincelle pure, purificatrice et invariable dans le temps comme dans l’espace, étincelle que Dieu insuffle dans l’esprit de l’homme en même temps qu’Il le doue pour la parole.

Il faudrait donc contrairement à ce qui se passe, non pas s’étonner de rencontrer la richesse spirituelle chez le représentant d’une peuplade considérée comme arriérée, mais être troublé de ne pas la rencontrer en un individu civilisé qui a tant œuvré pour faire sa vie matérielle. […] Dans son Essence la Foi est une, quelle que soit la religion qui l’exprime. La Foi est l’essence de la religion ». […] (pp. 154-155).


Les chevaux de bataille

Quand donc l’homme comprendra-t-il que les chevaux de bataille haletants et les armes qui font jaillir un feu de mort et de destruction ne peuvent détruire que l’homme matériel, jamais le principe même du mal qui habite l’esprit méchant dépourvu de charité.

Le mal est comme un souffle mystérieux. Lorsque l’on tue par la violence ou par les armes un homme animé par le mal, le principe du mal bondit du cadavre qu’il ne peut plus habiter et pénètre dans le meurtrier par ses narines dilatées. Il prend en lui une racine nouvelle et devient plus tenace encore en redoublant ses forces.

Le mal doit être combattu par les armes du Bien et de l’Amour. Quand c’est l’Amour qui détruit un mal, ce mal est tué pour toujours.

La force brutale ne fait qu’enterrer provisoirement le mal qu’elle veut combattre et détruire. Or, le mal est une semence tenace. Une fois enterrée, elle se développe en secret, germe et réapparaît plus vigoureuse encore. » (pp 159-160).


Les trois sortes de vêtements

« Il y a trois manières de laver les vêtements. Les tissus épais et grossiers sont frappés avec une planchette. Les tissus moyennement épais sont foulés aux pieds. Les tissus très fins sont pressés à la main. On ne saurait laver de la même façon une épaisse couverture de laine et un boubou de fine étoffe européenne.

Il en va de même pour les âmes humaines. Les épreuves par lesquelles elles doivent passer pour parvenir au degré où l’esprit est constamment occupé à louer le Nom du Seigneur sont plus ou moins violentes en fonction de leur état. » (p.175).


Tradition et Evolution

« Respectez-les. Elles constituent l’héritage spirituel de ceux qui nous ont précédés et qui n’avaient pas rompu avec Dieu.

Les traditions peuvent se présenter sous forme de contes plus ou moins longs de différentes natures : contes pour enfants, contes didactiques ou initiatiques. Quels qu’ils soient, méditez-les, cherchez à développer le secret qui est enveloppé en eux. […]

Lorsque des spéculations hasardeuses prévalent sur les Lois Divines et les coutumes instituées par la Sagesse traditionnelle – coutumes que nous apprécions mal, fautes de Connaissances suffisantes – alors les malheurs inéluctables viennent frapper le monde, contre lesquels les contemporains ne peuvent rien. […]

Toutes les bouches en ce temps, conjuguent le verbe vouloir gagner à la première personne de l’indicatif présent. Gagner devient un devoir impératif. Quant à la manière de gagner, on se préoccupe peu de savoir si elle est licite ou non.

Ce temps est celui où l’honnête homme pauvre vit et meurt ignoré. Heureux est-il, encore, s’il n’est pas honni de tous, voire de ses propres parents ! » (pp. 183-185).


L’Unité spirituelle

De tout mon cœur, je souhaite la venue de l’ère de la Réconciliation entre toutes les confessions de la terre, l’ère où ces confessions unies s’appuieront les unes sur les autres pour former une voûte morale et spirituelle, l’ère où elles reposeront en Dieu par trois points d’appui : Amour, Charité, Fraternité.

Il n’y a qu’un seul Dieu. De même, il ne peut y avoir qu’une Voie pour mener à Lui, une Religion dont les diverses manifestations temporelles sont comparables aux branches déployées d’un arbre unique. Cette religion ne peut s’appeler que Vérité. Ses dogmes ne peuvent être que trois : Amour - Charité - Fraternité.

Cette Réconciliation plusieurs fois prédites, préparée et tant attendue, que ne l’appellerait-on : Alliage véridique ?

En vérité, une rencontre des Vérités essentielles des diverses croyances qui se partagent la Terre pourrait se révéler d’un usage religieux vaste et universel. Peut-être serait-elle plus conforme à l’Unité de Dieu, à l’unité de l’esprit humain et à celle de la Création toute entière ». (p. 187).


Je vous recommande la lecture du livre Vie et enseignement de Tierno Bokar – Le Sage de Bandiagara de Amadou Hampaté Bâ – collection Points Sagesse. Livre dans lequel j’ai puisé pour réaliser cette courte biographie.


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Dans la section Prophétie, je posterai un message que Tierno Bokar me livra le 20 novembre 2014 ; message relatif à la montée de l'Islam intégriste en France.






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